EVALUATION: 28 avril 1986
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RESUME
Il s'agit d'une histoire de méningiome qui a été
diagnostiqué le 27 mars 85
et qui a été traité chirurgicalement le ler avril
85 chez cette femme qui avait alors 58 ans.
Un méningiome est une tumeur bénigne développée à partir des cellules arachnoïdiennes, d'évolution très lente, dont la présence reste longtemps insoupçonnée qui se manifeste souvent par une crise épileptiforme, et qui peut récidiver.
La notion de céphalée est ancienne et sporadique dans
ce dossier.
Elle date d'une vingtaine d'années selon l'histoire; elle apparaît
à quelques reprises dans le dossier des 5 dernières années
alors que madame consulte assez régulièrement le Dr Colette
Albert-Gravel; elle est le plus souvent reliée à un épisode
de stress, et on retrouve souvent, pendant tout ce temps, la nation de
troubles ménopausiques.
Dans les 2 dernières années, la nation de céphalée apparaît pour la dernière fois le 18 avril 83, sous forme de migraine, en même temps que celle de chaleur; on retrouve ensuite quelques consultations pour des problèmes familiaux, des chaleurs, de l'insomnie.. Et ce n'est que le 27 novembre 84 que la nation de céphalée revient, avec amaigrissement et démarche titubante, alors que Madame garde le bébé de sa fille 5 jours par sereine.
Il y avait eu au début de 83 des radiographies du crâne
et des sinus négatives.
Il y avait eu auparavant, en 76, un EEG et une échographie cérébrale
à l'hôpital du Sacré-Coeur qui ont été
dits normaux.
Le 27 novembre 84 donc, le Dr C. Albert-Gravel réfère
sa patiente en neurologie où elle n'est vue que le 5 février
85, alors qu'elle est subjectivement améliorée, que l'examen
clinique est négatif, et que l'EEG est normal.
Il y avait eu également des radiographies du crâne normales
le 5 décembre 84,
signe d'hypertension intra-crânienne.
Re: Rose-Hélène DUFRESNE-BROUILLARD
Et le dossier se poursuit le 18 mars 85 alors qu'elle reconsulte le Dr Albert-Gravel qui note une diminution de l'acuité visuelle depuis un mois, un réflexe rotulien qui semble plus vif à gauche, le fond d'oeil qui semble normal qui rappelle l'évaluation négative récente en neurologie, et qui la réfère en ophtalmologie.
Le 25 mars, elle est vue Par l'ophtalmologiste Laflamme qui ne voit pas de signe de parésie extra-oculaire, mais qui note la possibilité d'une hémianopsie homonyme, et qui demande un SCAN à l'hôpital Notre-Dame.
Et c'est le 27 mars 85 que le événements se précipitent alors qu'elle est transportée à la Cité de la Santé où elle sombre dans le coma, et où on la transfère à l'hôpital Notre-Dame où un C.T. Scan a été fait qui a révélé la présence d'une lésion occipitale droite.
Sa condition s'est ensuite stabilisée; elle est revenue consciente
et orientée, il est persisté une légère hémiparésie
gauche latente, et le Dr Mohr est intervenu chirurgicalement le 1er avril
85 pour une craniotomie occipitale droite, et l'exérèse d'un
méningiome qui mesurait environ 6 X 8 cm attaché à
la faux du cerveau.
L'évolution a été relativement favorable.
Il y a eu des complications, dont une phlébite du membre inférieur
gauche, des embolies pulmonaires, et le Dr Mohr note, en post-opératoire,
une hémianopsie homonyme latérale gauche.
On lui a administré du Dilantin préventivement pendant
quelques mois, mais il n'y a pas eu d'épilepsie.
Il y a eu une tomographie axiale de contrôle le 3 janvier 86 qui
a éliminé une hydrocéphalie. On décrit cependant
une dilatation du carrefour droit et de la corne occipitale gauche à
la suite de
l'intervention chirurgicale près du pôle occipital droit.
Il n'y a plus aucun déplacement du système
ventriculaire et l'on observe une zone hypo-dense du pôle occipital
droit possiblement un ramollissement post-opératoire.
NOUS sommes au 28 avril 1986.
Madame se présente à l'entrevue accompagnée de
son mari qui transporte avec lui une copie de son dossier dans lequel il
a souligné d'un trait au crayon feutre transparent les éléments
qui lui paraissaient importants. Monsieur est très ordonné,
très méthodique. Il est renseigné. Il connaît
très bien son dossier dont il peut citer des parties de mémoire.
Il est membre de la corporation des technologues en sciences appliquées
du Québec. Il semble que l'essence de sa formation soit la lecture
de plans en électricité sur la construction.
Il s'occuperait aussi d'antiquités.
Re: Dame Rose-Hélène DUFRESNE-BROUILLARD
Madame a maintenant 59 ans.
Elle est d'apparence physique bonne, de taille moyenne.
C'est une femme intelligente; la pensée est bien structurée
et exprimée dans un langage soigné.
Elle explique n'avoir que 9 ans de scolarité, mais avoir appris
au contact de son mari, et aussi en même temps qu'elle se préoccupait
de l'éducation de ses enfants.
Le couple a eu 6 enfants, dont l'aîné a 35 ans, et dont
les cadettes sont des jumelles qui ont 25 ans.
Un garçon de 27 ans qui est sourd et qui accepte mal son handicap
reste au domicile familial et travaille à mi-temps.
Il y a une des jumelles qui est sourde aussi; elle fonctionne cependant
bien; Il y a un autre enfant qui aurait fait des convulsions en bas âge,
mais il n'y a pas d'épileptique dans la famille.
Madame Dufresne n'a jamais été sur le marché du travail.
Monsieur et madame collaborent parfaitement bien à l'entrevue et à l'examen; monsieur appelle sa femme "maman"
Lorsqu'on révise avec elle son histoire médicale, elle raconte avoir toujours eu des maux de tête, et: avoir toujours consulté, mais qu'on n'a jamais rien trouvé et qu'on lui a toujours dit de vivre avec.
Monsieur montre un dossier d'une consultation à l'hôpital du Sacré-Coeur en 76.
Madame résume donc avoir des maux de tête depuis 20 ans,
toujours en occipital.
Surtout depuis 5 ans, depuis qu'elle est suivie par le Dr Albert-Gravel,
et le lui avoir mentionné souvent.
Elle dit avoir vécu un véritable Golgotha depuis 84.
Et elle mentionne lui avoir demandé un EEG à l'automne
84, mais que si elle avait su elle lui aurait demandé un scan.
Elle reconnaît aussi les troubles hormonaux de longue date dont
on retrouve la notion au dossier du Dr Gravel, et les injections d'hormones
qu'elle lui faisait périodiquement et qui diminuaient les maux de
tête.
Et elle dit comment sa condition a été épouvantable
surtout dans les semaines précédant le coma et la craniotomie.
Elle nous raconte ensuite son évolution après la craniotomie
qui l'a libérée de ses maux de tête.
Elle a commencé à marcher au 8e jour malgré une
faiblesse de sa jambe gauche.
Elle a eu songé de l'hôpital le 9e jour, alors qu'elle
était relativement bien.
Puis elle a fait une thromboplébite et 2 embolies pulmonaires
qui l'ont ramenée à l'hôpital pendant 14 jours, alors
qu'elle a été traitée par anticoagulothérapie.
ETAT ACTUEL
Madame sort de son sac à main une boule qui est probablement un récurant à casseroles qui est fait en filet de plastique et qu'elle nous dit être de la forme et de la taille de son méningiome.
Elle n'a plus les maux de tête lancinants qu'elle avait auparavant,
mais il lui arrive, comme aujourd'hui parce qu'elle sait qu'elle doit venir
à cette entrevue, d'avoir une douleur qui part au site de la cicatrice,
et qui fait tout le tour de la tête bilatéralement
Elle sent les trous de craniotomie lorsqu'elle touche son crane.
Il n'y a pas eu de manifestation épileptique après la
craniotomie.
Elle rappelle une crise qu'elle a faite en 60 et qui a été
reliée à une éclampsie lorsqu'elle a accouché
de ses jumelles, et une autre en 76 qui a été relié
à une injection d'hormones.
Elle a pris Dilantin après la craniotomie, mais elle a
diminué progressivement parce qu'elle tombait, pour cesser totalement
en octobre.
L'orsqu'on l'interroge sur son état actuel, elle parle d'abord de sa vision qui régresse tous les jours. Elle a eu une nouvelle prescription de lunettes depuis janvier, mais sa vision revient toujours au même point.
Elle raconte ne jamais avoir eu besoin de lunettes auparavant, n'en avoir eu que pour coudre il y a 3 ou 4 ans, mais que maintenant elle ne peut même pas enfiler une aiguille avec ses lunettes, et qu'elle doit lire avec une loupe en plus de ses lunettes.
Et elle parle de sa jambe gauche, de la thrombophlébite qu'elle
dit avoir joué contre elle.
Elle décrit une inflammation qui part de son genou et qui monte
à la cuisse si elle est longtemps debout.
Elle devient ensuite ankylosée, avec l'impression d'avoir 2
jambes de bois, si elle doit s'asseoir.
Elle raconte un entretien récent qu'elle a eu le 17 avril dernier
avec le Dr Roussin qui la traite pour cette condition, et qui lui a finalement
dit qu'elle avait un blocage permanent dans l'aine gauche, qu'il n'y avait
rien à faire, et d'essayer le plus possible de continuer ses activités.
Elle déplore d'être dépendante, à la merci
de tout le monde. Elle ne peut pas grimper sur une chaise pour placer
une assiette plus haut. Elle doit penser comment s'y prendre pour
monter ou descendre, elle se tient aux meubles.
Elle ne peut que faire les choses à sa portée, et le
plus possible en position assise.
Elle porte un bas élastique, en permanence et pour toujours.
Elle ne peut même pas bouger vite dans son lit; elle a mal à
la hanche; elle ne sait plus où placer sa jambe.
Il lui est même arrivé de ne pas pouvoir se relever après
avoir classé des fruits dans le bas de son réfrigérateur:
son genou était tout enflé, tout rond, et ça montait
dans la cuisse.
Et elle raconte son désarroi lorsque le médecin lui a
dit à ce sujet d'éviter de se mettre à genoux, et
d'accepter de vivre avec sa condition.
Elle dit perdre ses moyens progressivement, de jour en jour, à
cause de l'ensemble de sa condition, à cause de ses yeux et de sa
jambe surtout.
Elle a l'impression d'être diminuée d'environ 50%.
Sa concentration diminue.
Ses réflexes ne sont plus bons pour conduire une voiture.
Elle ne va pas au centre d'achats sans être accompagnée.
Elle doit être tenue par la main pour traverser les rues; elle
a l'impression que tout se ramasse autour d'elle.
Elle dit perdre l'équilibre dans les magasins, perdre ses moyens dans les foules ou les endroits vastes.
Il lui est presque impensable de passer l'aspirateur.
Elle a refusé à sa fille de la recevoir avec son enfant
à la veille de la présente évaluation parce qu'elle
était à bout de ressources. Mais elle a été
rassurée de savoir que sa fille avait compris.
Elle pleure à la fin de l'entrevue.
Monsieur pleure aussi.
Re: Dame Rose-Hélène DUFRESNE-BROUILLARD
Et ils expriment un sentiment de déception profonde lorsque le
Dr Gravel leur aurait dit qu'on ne demandait un scan que pour les cas graves,
parce que ça coûtait trop cher.
Ils ne comprennent pas qu'il a fallu qu'elle tombe dans le coma pour
qu'on lui fasse cet examen qui a immédiatement montré la
tumeur.
EXAMEN
Madame se présente à l'entrevue appuyée au bras de son mari, avec une démarche incertaine. Elle est très nerveuse. Elle tremble. Son pouls est à 120.
La cicatrice occipitale est de bonne qualité.
L'examen de la vision est laissé en spécialité.
Les réflexes ostéo-tendineux sont vifs et symétriques.
La cuisse gauche est plus grosse de 11/2 cm que son homologue droite.
Il n'y a pas de chute à l'épreuve des bras et des jambes
tendus, mais on note un léger tremblement dans les mains et la tête.
LES INCAPACITÉS
Il y a eu dans ce cas craniotomie, et exérèse d'une masse
intra-cérébrale.
Cette condition vaut, en terres de DAP, 10%
Il n'y a pas de manifestation clinique d'épilepsie qui est la
complication la plus redoutée dans les méningiomes.
On ne retrouve cependant pas d'EEG post-opératoires au dossier
pour vérifier s'il y a ou non activité irritative.
Il n'y a pas de parésie résiduelle.
Restent le problème de vision et les séquelles de la phlébite
au membre inférieur gauche qui devront être évalués
en spécialité.
Re: Dame Rose-Hélène DUFRESNE -BROUILLARD
Selon la déclaration signée par M. Brouillard le 25 avril
85, il est essentiellement reproché au neurologue (Rémillard)
de ne pas avoir demandé un Scan entre le ler janvier 85 et le 27
mars 85, et au Dr C. Albert-Gravel de ne pas avoir alors demandé
une consultation à un autre neurologue, ce qui aurait évité
qu'elle tombe dans le coma.
Il est également reproché, sur une autre déclaration
du 15 janvier 86, aux radiologues Bessette et Lemay d'avoir interprété
comme négatives des radiographies du crâne faites en 83 et
le 5 décembre 84:
M.Brouillard exprime également beaucoup, dans sa déclaration,
sa déception sur le fait qu'on ait attendu que Madame soit dans
le coma avant qu'on demande un Scan que son médecin lui a ultérieurement
dit être un examen onéreux qui n'était demandé
que dans des cas spécifiques.
M.Brouillard dispose d'un rapport qui lui a été préparé
par le directeur général de l'ordre des techniciens en radiologie
du Québec qui décrit le scan, sans plus.
Il raconte également un article qui a été écrit
par le Dr Lamoureux, chef du département de médecine nucléaire
à l'hôpital Notre-Dame, qui aurait dit qu'il ne fallait pas
croire qu'on n'avait pas les moyens financiers pour faire passer les scans
et les tests à la résonance magnétique.
Il apparait cependant vraisemblable que le scan est un examen onéreux
qui ne doit être demandé que dans des cas spécifiques:
il y a un article récent dans l'Union Médicale du Canada,
daté de février 86, qui compte 28 pages, dans lequel on peut
lire:
"Devant la prolifération des appareils de tomodensitométrie
(scanner) et des demandes d'études cérébrales
aux Etats-Unis, l'organisme "National Institutes of Health" a publié
les conclusions d'un comité d'experts concernant, entre autres,
LES INDICATIONS DE CET EXAMEN.
Celui-ci ne devrait pas être utilisé comme technique
de dépistage dans des situations où on s'attend à
un faible pourcentage de rendement diagnostique pertinent. Un traumatisme
crânien mineur, une syncope, des céphalées simples
ou périodiques, des vertiges, sans autre symptôme ou signe
neurologique, ne constituent pas des indications valables." (p.j.)
Or, dans ce cas, les céphalées sont très anciennes, sporadiques, le plus souvent reliées au stress, et souvent soulagées par des injections d'hormones.
La notion de céphalée n'existe pas au dossier depuis le
18 avril 83 jusqu'au 27 novembre 84.
Ie Dr C.Albert-Gravel a demandé des radiographies du crâne
et une consultation en neurologie ce 27 novembre 84 à cause d'une
démarche titubante et d'un amaigrissement.
Les radiographies du crâne se sont avérées normales,
comme celles qui avaient été faites précédemment
en 83, et la consultation en neurologie, qui a eu lieu le 5 février
85, témoigne d'une amélioration significative sur la plan
subjectif, sans aucun déficit neurologique objectif, et avec un
EEG normal qui ne suggéraient pas de pousser plus loin l'investigation
par des de grande envergure.
Le Dr C.Albert-Gravel ne devait pas, devant ce tableau, demander une
consultation à un autre neurologue.
Il était opportun cependant qu'elle demande une
consultation en ophtalmologie lorsque Madame Dufresne-Brouillard est allée
la consulter le 18 mars 85 pour des problèmes de la vision.
On peut conclure, dans les circonstances, qu'il n'était pas indiqué de demander un scan avant le moment où la condition de Madame Dufresne a commencé à se préciser en mars 85.
On constate d'autre part que Madame Dufresne-Brouillard a récupéré de l'état comateux dans lequel elle aurait sombré le 27 mars 85, et que le Dr Mohr a attendu jusqu'au ler avril avant d'intervenir, et que conséquemment sa vie n'était pas en danger.
Et on peut dire enfin, que le dommage que présente actuellement
Madame Dufresne est le fait de la pathologie qu'elle présente, indépendamment
du fait qu'il y ait eu, ou non, retard à un scan.
Le Dr C. Albert-Gravel s'est comportée de façon correcte
dans ce cas.
Elle a demandé au fur et à mesure une investigation adéquate.
Elle ne pouvait faire plus.